Quand le diagnostic scolaire oublie ses propres règles de méthode

Cet article a été mis à jour le 16 septembre 2026 après l’obtention de l’enquête d’economiesuisse. Voir mon commentaire au bas de l’article.

À propos du communiqué du PLR sur l’école obligatoire

Il y a dans ce communiqué du PLR une ironie qui mérite qu’on s’y arrête. Un parti y déplore que les jeunes ne maîtrisent plus les compétences de base — et construit son argumentation en méconnaissant plusieurs règles élémentaires du raisonnement rigoureux. Non par malhonnêteté : par habitude d’un genre, la communication politique, dont les codes sont incompatibles avec ceux de la démonstration.

Je précise d’emblée : je ne prête à personne une incompétence personnelle. Les auteurs de ce texte sont des professionnels de la politique qui font leur travail. Le problème n’est pas leur formation, c’est le format. Un communiqué de presse est conçu pour convaincre vite, pas pour établir lentement. Et c’est précisément ce qui rend l’exercice instructif : on y voit à l’œuvre, en creux, tout ce que la méthode scientifique impose et que la rhétorique politique s’autorise à contourner.

Puisque le sujet est l’école — c’est-à-dire l’apprentissage de la pensée rigoureuse — il n’est pas illégitime d’appliquer au texte les exigences qu’il réclame pour les élèves.

Première règle négligée : une source intéressée n’est pas une preuve indépendante

Le communiqué s’appuie sur une « nouvelle étude menée par des organisations patronales ». Il s’agit d’une enquête de l’USAM, de l’USP et d’economiesuisse auprès de 2 929 entreprises. Trois remarques.

Le mot « étude » fait ici un travail rhétorique considérable. Ce n’est pas une étude au sens scientifique : c’est un sondage d’opinion auprès d’un public professionnel. La différence n’est pas cosmétique. Une étude mesure ; un sondage recueille des perceptions. Confondre les deux, c’est confondre ce que les gens pensent du niveau scolaire avec le niveau scolaire lui-même.

Les sources ne sont pas indépendantes. Les trois faîtières citées sont des organisations dont les orientations économiques sont historiquement proches de celles du PLR. Le communiqué présente donc comme validation externe ce qui relève largement d’un même espace politique. Il l’admet d’ailleurs sans le vouloir : « un phénomène inquiétant déjà soulevé par le PLR en 2024 ». Autrement dit: nous avions raison, et voici des amis qui le confirment. En recherche, on appelle cela une circularité.

Aucune limite n’est mentionnée. Qui a répondu, sur combien de sollicités ? Les entreprises satisfaites de leurs apprentis répondent-elles autant que celles qui ont des griefs ? Cette question du biais d’auto-sélection est la première qu’on pose à toute enquête volontaire. Elle n’est pas évoquée.

Deuxième règle négligée : on ne déduit pas une tendance d’une mesure unique

Le texte parle d’une « évolution inquiétante ». Une évolution suppose au minimum deux points de mesure.

Or rien n’indique qu’une enquête comparable ait été menée il y a cinq ou dix ans avec la même méthode. Sans point de comparaison, on ne peut affirmer que la situation se dégrade. On peut seulement dire qu’à un instant donné, une partie des employeurs interrogés se déclare insatisfaite, ce qui, soit dit en passant, a probablement toujours été le cas. La plainte sur le niveau des jeunes est un genre littéraire attesté depuis l’Antiquité. Ce n’est pas une objection de détail. C’est la différence entre un constat et une impression.

Troisième règle négligée : il faut envisager les explications concurrentes

Voici l’angle mort le plus intéressant du communiqué.

Supposons que les employeurs aient raison, et que le niveau moyen des apprentis à l’entrée ait effectivement baissé. Une explication au moins aussi plausible que « l’école se dégrade » existe : la structure du système a changé.

Le taux de maturité gymnasiale a augmenté en Suisse au cours des dernières décennies. Si une proportion croissante d’élèves performants s’oriente vers la voie gymnasiale, le niveau moyen de ceux qui entrent en apprentissage baisse mécaniquement, sans que le niveau général des élèves ait diminué d’un iota. C’est un pur effet de composition, un phénomène statistique parfaitement documenté.

Le même chiffre peut donc signifier « l’école échoue » ou « l’orientation s’est déplacée ». Ce sont deux diagnostics opposés, appelant deux politiques opposées.

Le communiqué ne mentionne pas cette possibilité. C’est le point le plus problématique du texte : non pas ce qu’il affirme, mais ce qu’il ne se demande pas.

Quatrième règle négligée : ne pas agréger ce qui n’est pas comparable

« Une entreprise sur cinq forme moins d’apprentis ou envisage de le faire. »

Cette phrase additionne un comportement réel et une intention déclarée. Ce sont deux catégories radicalement différentes. Les intentions déclarées sont de médiocres prédicteurs des comportements effectifs, c’est l’un des résultats les mieux établis en psychologie sociale.

Sans ventilation, impossible de savoir si le phénomène réel concerne 3 % ou 15 % des entreprises. L’agrégation produit un chiffre spectaculaire au prix d’une perte totale d’information. Ce serait sanctionné dans n’importe quel travail de fin d’études.

S’y ajoute une attribution causale unique : la baisse serait due aux lacunes scolaires. Or l’offre de places d’apprentissage dépend aussi de la conjoncture, de la tertiarisation de l’économie, des coûts de formation, de la démographie et de la concurrence du gymnase. Retenir une seule cause parce qu’elle arrange la démonstration, c’est exactement ce que la méthode interdit.

Cinquième règle négligée : le remède doit découler du diagnostic

C’est ici que l’architecture du texte se fissure.

Le diagnostic porte sur les mathématiques et l’écriture. Les remèdes proposés sont : la fin de la suppression des notes, l’interdiction des téléphones portables, la réduction de la bureaucratie, le réexamen de l’école inclusive, les classes d’accueil linguistiques.

Aucun lien causal n’est établi entre ces thèmes et le constat initial. On peut soutenir chacune de ces positions, mais alors il faut le faire pour ce qu’elles sont : des choix politiques. Les présenter comme découlant d’une enquête sur les compétences de base est un raccourci qui ne résiste pas à l’examen.

Le mécanisme est classique : un problème mesurable sert de véhicule à un programme qui lui préexistait.

Le paradoxe : la mesure la plus solidement étayée de toute la liste — l’encadrement des téléphones portables — n’est citée qu’incidemment. La littérature disponible (travaux de Beland et Murphy sur l’Angleterre, données norvégiennes, rapport UNESCO 2023) suggère des effets positifs modestes, particulièrement pour les élèves les plus faibles, même si elle n’est pas unanime. C’est l’argument le plus défendable, et il est traité comme un détail. De plus l’interdiction des téléphones portables se met en place et est déjà effective par exemple au Cercle Scolaire du Val-de-Ruz (NE).

Sixième règle négligée : quantifier ce qu’on dénonce

« Explosion de la bureaucratie. » « Omniprésence des téléphones portables. » « Dérives. »

Explosion mesurée comment ? En heures administratives par enseignant et par semaine ? Le communiqué ne le dit pas. Aucun de ces termes n’est chiffré. Ils fonctionnent par évocation.

Un parti qui exige de l’école qu’elle enseigne les mathématiques pourrait se montrer plus scrupuleux dans son propre usage des grandeurs.

Ce que dit la recherche sur la proposition centrale

La mesure la plus substantielle du communiqué est celle des classes d’accueil linguistiques préalables : les enfants dont la maîtrise de l’allemand est insuffisante apprendraient d’abord la langue intensivement avant d’intégrer une classe ordinaire.

La prémisse est solide. La maîtrise de la langue de scolarisation est l’un des prédicteurs les plus robustes de la réussite scolaire. Personne ne le conteste.

La solution proposée, elle, est discutée dans la littérature :

  • L’acquisition d’une langue académique — celle qui permet de suivre un cours d’histoire ou de résoudre un problème de mathématiques rédigé — demande selon les travaux de Jim Cummins entre cinq et sept ans. La distinction entre langue de communication courante et langue scolaire est ici décisive. Un cours préalable de quelques mois ne peut, par construction, suffire.
  • Les dispositifs séparés et prolongés produisent des effets de stigmatisation et d’abaissement des attentes bien documentés. Les modèles les plus performants combinent immersion en classe ordinaire et soutien intensif parallèle, plutôt que séparation suivie d’intégration.
  • Tout dépend en réalité de la durée et des critères de sortie du dispositif. C’est là que se joue la différence entre un tremplin efficace et une relégation de fait. Le communiqué ne précise ni l’un ni l’autre.

L’expérience bâloise est citée comme un succès. A-t-elle fait l’objet d’une évaluation indépendante ? Si oui, il faut la produire. Si non, il est prématuré de la présenter comme une preuve.

Une tension interne non résolue

Le texte demande simultanément :

  • davantage de soutien individualisé (accompagnement du décrochage, classes d’accueil, réexamen de l’inclusion) ;
  • moins de bureaucratie.

Or les dispositifs différenciés génèrent mécaniquement de la documentation, de la coordination et de l’évaluation. On peut vouloir simplifier les procédures ; on ne peut pas multiplier les dispositifs sur mesure tout en réduisant l’administration qui les rend possibles. Cette tension n’est pas thématisée.

S’y ajoute la question du coût, jamais abordée, dans un texte émanant d’un parti attaché à la maîtrise des dépenses publiques.

Ce qui manque entièrement

Le communiqué ne mentionne à aucun moment :

Les déterminants socio-économiques. La Suisse présente l’un des liens les plus marqués d’Europe occidentale entre origine sociale et performance scolaire. C’est la variable qui explique la plus grande part des écarts de résultats. Ne pas en parler dans un texte sur les compétences de base, c’est écarter le facteur le plus explicatif.

La pénurie d’enseignants. Plusieurs cantons engagent du personnel non qualifié faute de candidats. Difficile d’imaginer facteur plus direct de dégradation de la qualité de l’enseignement.

Le temps d’enseignement effectif consacré à la langue première et aux mathématiques — la variable qui correspondrait pourtant exactement au problème posé.

Les données publiques disponibles. PISA et surtout les vérifications COFO/ÜGK, l’instrument suisse conçu précisément pour mesurer l’atteinte des compétences fondamentales, ne sont pas cités. Ils donnent une image plus nuancée : des résultats en mathématiques encore supérieurs à la moyenne OCDE, une érosion réelle en lecture, une proportion préoccupante d’élèves faibles, mais un taux de diplomation du secondaire II parmi les plus élevés au monde. Il y a un problème réel — moins spectaculaire que le récit proposé.

Que le seul indicateur mobilisé soit celui produit par des organisations alliées, et que les instruments publics indépendants soient absents, n’est probablement pas un hasard.

Le point qui devrait interpeller

Une chose frappe dans ce communiqué : il invoque des données lorsqu’elles vont dans son sens, et n’en invoque aucune lorsqu’il énonce ses propositions les plus structurantes.

Ce n’est pas de la défiance envers la connaissance. C’est quelque chose de plus subtil et, à terme, de plus corrosif : un rapport instrumental à la preuve. Les chiffres deviennent des arguments d’appoint plutôt que des contraintes. On les mobilise quand ils confirment, on les ignore quand ils dérangent.

Or c’est précisément l’inverse de ce que l’école devrait enseigner. Une démarche rigoureuse consiste à chercher activement ce qui pourrait invalider sa propre thèse. Un communiqué qui dénonce l’affaiblissement des compétences fondamentales tout en s’exonérant de cette exigence envoie un signal contradictoire.

Il y a là, disons-le, une forme d’ironie : un texte qui déplore que les élèves ne sachent plus raisonner rigoureusement, et qui aurait lui-même bénéficié d’une relecture méthodologique.

Ce que je propose, concrètement

Je ne conteste pas qu’il existe un enjeu réel autour des compétences de base. Les données publiques le confirment partiellement. Je conteste la manière dont il est établi et exploité.

Quelques suggestions, dans un esprit constructif :

  1. Publier la méthodologie complète de l’enquête USAM/USP/economiesuisse : taux de réponse, mode d’échantillonnage, formulation exacte des questions, ventilation entre comportements réels et intentions.
  2. Mobiliser les instruments publics — COFO/ÜGK, PISA, statistiques de l’OFS — qui permettent une vérification indépendante et une comparaison dans le temps.
  3. Traiter explicitement l’hypothèse de l’effet de composition liée à la hausse du taux de maturité. Si elle est écartée, dire pourquoi.
  4. Distinguer clairement ce qui relève du constat empirique et ce qui relève du choix politique. Défendre l’interdiction des portables ou la sélection scolaire est parfaitement légitime — mais ce sont des positions de valeur, pas des conclusions d’enquête.
  5. Commanditer une évaluation indépendante des dispositifs de Bâle-Ville et de Glaris avant d’en généraliser le modèle.
  6. Intégrer les variables absentes : conditions socio-économiques, pénurie enseignante, temps d’enseignement.

En conclusion

Ce communiqué n’est pas de la désinformation. Les faits qu’il avance ne sont pas inventés, et la préoccupation qu’il exprime est partagée au-delà de son camp, y compris par les associations d’enseignants qu’il cite d’ailleurs à son avantage.

Le problème est ailleurs : dans le cadrage. Une source unique et intéressée présentée comme preuve. Une tendance affirmée sans série temporelle. Une cause unique retenue parmi plusieurs. Des explications alternatives non examinées. Des remèdes qui ne découlent pas du diagnostic. Des grandeurs non quantifiées.

Chacun de ces points, pris isolément, serait excusable. Leur accumulation dans un texte consacré à la rigueur intellectuelle est ce qui rend l’exercice remarquable.

Le PLR revendique d’avoir compté parmi les fondateurs de l’école obligatoire moderne. C’est historiquement exact. Le radicalisme du XIXe siècle a bâti une école publique parce qu’il croyait qu’un citoyen formé au raisonnement autonome valait mieux qu’un sujet docile.

Cet héritage-là mérite mieux qu’un communiqué qui, sur le fond comme sur la forme, aurait recalé un élève de dernière année.

Mise à jour du 16 septembre 2026, après consultation de la source

Cette section a été ajoutée après la publication initiale. Le texte ci-dessus est inchangé : il avait été rédigé sans accès au document source, que le PLR m’a transmis en réponse à mon courrier. Sa lecture permet désormais de vérifier les objections formulées plus haut.

Ce que le document dit de lui-même

Le rapport d’economiesuisse précise : « Der Bericht verfolgt einen deskriptiven Ansatz. Die dargestellten Ergebnisse geben die Einschätzungen der teilnehmenden Betriebe wieder und enthalten keine weitergehende Interpretation. » : le rapport suit une approche descriptive, les résultats reflètent les appréciations des entreprises participantes et ne contiennent aucune interprétation allant au-delà.

Il faut le souligner d’emblée : economiesuisse documente correctement les limites de son travail et annonce une visée descriptive. La critique qui suit ne porte pas sur ce document, mais sur l’usage qu’en fait le communiqué du PLR.

Un glissement lexical en trois temps

Le communiqué parle d’une « nouvelle étude ». La réponse qui m’a été adressée parle d’une « enquête ». Le document lui-même parle de Befragung (sondage) et d’approche descriptive. Les trois mots ne désignent pas la même chose, et seul le dernier est exact.

L’échantillon

Le questionnaire a été diffusé via les organisations membres des trois faîtières patronales. Il n’y a donc ni base de sondage définie, ni tirage aléatoire, ni taux de réponse calculable. Le document mentionne 2’929 réponses, mais reconnaît que « aufgrund der unterschiedlichen Beteiligung sind einzelne Kantone in der Stichprobe stärker vertreten als andere » : certains cantons sont surreprésentés, sans qu’aucune pondération ne soit appliquée. Il admet également que plusieurs réponses peuvent provenir d’une même entreprise.

Un échantillon auto-sélectionné de grande taille ne devient pas représentatif en grandissant. Il produit des estimations biaisées avec des intervalles de confiance étroits, ce qui est la situation la moins confortable.

Le filtrage du questionnaire

C’est le point central. Le document indique : « So wurden beispielsweise Unternehmen bzw. Ausbildnern, die keine Verschlechterung der Grundkompetenzen ihrer Lernenden feststellten, zu den Auswirkungen dieser Entwicklung oder zu möglichen Gegenmassnahmen nicht weiter befragt. » Les entreprises ne constatant pas de dégradation ne sont pas interrogées sur les conséquences. Et : « Die in den Abbildungen dargestellten Prozentwerte beziehen sich jeweils auf die Anzahl Antworten für die betreffende Frage. » Les pourcentages sont calculés sur les répondants à chaque question.

Les chiffres portant sur les conséquences sont donc calculés sur le sous-groupe ayant déjà affirmé un problème. Ils ne peuvent qu’être élevés : c’est une propriété du design, non un résultat.

Cela concerne directement le chiffre repris par le PLR. « Une entreprise sur cinq » : sur cinq de qui ? La structure décrite implique très probablement qu’il s’agit d’une sur cinq parmi celles ayant déclaré une dégradation, et non d’une sur cinq des entreprises formatrices suisses, ce que la formulation du communiqué laisse entendre. J’ai posé la question au PLR.

Une mesure du présent présentée comme une évolution

L’enquête a été conduite en une seule vague, du 16 juin au 10 juillet 2026. Il n’existe pas de vague antérieure. Ce qui est recueilli est donc la perception rétrospective qu’ont des formateurs, en 2026, d’une évolution sur cinq à dix ans, dans un contexte où le sujet est fortement médiatisé. Cette perception est un fait social réel. Elle n’établit pas l’évolution.

Ce que le communiqué ne reprend pas

Le rapport indique que sur les compétences numériques, les entreprises observent majoritairement des améliorations. Le communiqué n’en dit rien. Si l’on accorde du poids aux perceptions des formateurs lorsqu’elles décrivent un recul, il faut leur en accorder autant lorsqu’elles décrivent un progrès.

Sur l’argument PISA

La réponse qui m’a été adressée avance que « nos constats et notre positionnement sont d’ailleurs aussi confirmés par les chiffres PISA publiés la semaine dernière ». Ces chiffres existent : PISA 2025 a été publié le 8 septembre 2026. Le communiqué du PLR, lui, date du 4 septembre. La référence est donc venue après coup, à l’appui d’un positionnement déjà arrêté. Cela n’invalide rien en soi, mais invite à vérifier ce que l’enquête dit réellement.

Ce que PISA confirme. Il faut l’accorder sans réserve : les scores suisses baissent sur dix ans. Lecture : 492 → 470 points. Mathématiques : 521 → 499. Et la proportion d’élèves n’atteignant pas le niveau minimal en lecture passe de 19,9 % en 2015 à 28,8 % en 2025. Ces données reposent sur 7’600 élèves dans 275 écoles, avec un échantillonnage construit. Le constat d’un recours est fondé.

Ce que PISA ne confirme pas.

La spécificité suisse. La baisse s’observe aussi dans la moyenne de l’OCDE. La Suisse est 9e mondiale en mathématiques, 4e au sein de l’OCDE, avec 23,2 % d’élèves sous le seuil minimal contre 34,8 % pour la moyenne OCDE. Un phénomène qui touche la majorité des pays développés ne peut s’expliquer principalement par les particularités de l’école obligatoire suisse. Or c’est précisément à ce niveau que le communiqué situe ses remèdes.

Le récit d’un délitement général. En sciences, la Suisse est restée stable (506 en 2015, 501 en 2025) pendant que la moyenne OCDE perdait 11 points. Un système en déliquescence ne produit pas ce contraste.

Les déterminants que PISA identifie. L’enquête établit que l’origine sociale, la langue parlée à la maison et le statut migratoire continuent d’influencer fortement les résultats. Le communiqué du PLR n’en dit pas un mot. On ne peut pas invoquer PISA comme autorité et ne retenir que la courbe descendante en écartant les facteurs que la même enquête met en évidence. Notons d’ailleurs une nuance que PISA relève et qu’un usage rigoureux obligerait à mentionner : l’écart entre élèves favorisés et défavorisés s’est réduit depuis 2022, mais en partie parce que les performances des élèves privilégiés ont baissé.

Les remèdes. C’est l’essentiel. PISA mesure des compétences ; elle n’identifie pas de causalité. Interdiction des portables, réexamen de l’école inclusive, maintien des notes, réduction de la bureaucratie : aucune de ces mesures ne découle des données PISA. Le diagnostic, même exact, ne valide pas l’ordonnance.

Et la circularité demeure. Rappelons que l’introduction du rapport d’economiesuisse part explicitement de PISA et de l’ÜGK pour postuler un recul, avant de demander aux entreprises si elles le perçoivent. Le sondage est construit en aval de PISA. Dire ensuite que PISA le confirme, c’est présenter comme deux sources convergentes une source et son écho.

Sur les téléphones portables

Il faut saluer les cercles scolaires, comme celui du Val-de-Ruz (CSVR), qui interdisent déjà les téléphones portables dans l’enceinte de l’école. La mesure est sensée. Mais elle déplace le problème plus qu’elle ne le résout : hors des murs de l’école, ce sont les modèles économiques des grandes plateformes, Meta, Microsoft, Google, qui structurent l’essentiel de l’usage numérique des jeunes, par une conception explicitement pensée pour capter et retenir leur attention.

Un parti qui érige la protection des enfants en principe devrait alors se montrer cohérent au-delà de l’enceinte scolaire. Qu’a fait le PLR pour faire appliquer, ou renforcer, les règles encadrant ces acteurs ? Et sur un autre plan, tout aussi révélateur : qu’a-t-il fait pour promouvoir les logiciels libres dans l’enseignement, permettant d’apprendre les principes d’un tableur plutôt que de se former, dès l’école obligatoire, à un produit propriétaire particulier ? Cette dernière question touche à la fois à la pédagogie et à une forme de souveraineté numérique, et elle est absente de tout communiqué du parti sur le sujet.

Ce qui reste à discuter

La question du niveau scolaire est légitime, et les données existent : PISA, et surtout l’ÜGK, conçue pour comparer les cantons suisses. C’est là qu’une discussion sérieuse peut avoir lieu. Le sondage d’economiesuisse, lui, mesure ce que pensent des employeurs, information utile, mais qui ne peut fonder une politique scolaire.

 

Mise à jour du 21 septembre 2026

Voici un référence intéressante ayant pour titre: « Il n’y a aucune preuve que les activités sur les réseaux sociaux aient un effet négatif sur les capacités attentionnelles », interview de Franck Ramus

https://www.jim.fr/viewarticle/il-ny-aucune-preuve-que-activit%C3%A9s-r%C3%A9seaux-2026a1000ywj

 

Transparence: J’ai rédigé cet article avec l’aide d’un modèle de langage via l’outil européen Mammouth.ai. Le choix du sujet, l’angle critique, le choix des contenus et la relecture finale sont les miens. J’en assume l’entière responsabilité. Les critiques méthodologiques qui sont formulées m’engagent.

 

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